Je me posais l'autre jour toute une série
de questions sur les obsèques (une de mes amies est en phase terminale
de cancer, alors forcément la mort s'invite facilement dans les réflexions).
Je me souviens d'avoir assisté à l'enterrement d'une amie catholique
(elle aussi morte de cancer, j'en ai vraiment après cette maladie!) qui
m'avait beaucoup choquée. Toute la cérémonie était
en tension entre un culte rendu à son corps, avec le cercueil qui était
là au milieu et l'eau qu'on asperge dessus à la fin en se prosternant
(j'ignore la signification du geste et du coup ça me parait vraiment
très bizarre), l'évocation de son souvenir (la partie qui m'a
paru la plus "juste" de la cérémonie) et le fait de
demander à cette amie maintenant en bonne position auprès de Dieu
de nous obtenir des faveurs particulières (je caricature d'accord, mais
ça m'avait vraiment choquée, surtout que ça m'avait paru
très loin de sa foi).
A l'inverse l'enterrement d'un de mes
grands-pères, sans cérémonie religieuse, m'avait paru plus
juste, plus recueilli : il y avait eu simplement l'évocation de son souvenir
et un moment de recueillement.
Maintenant j'aurais tendance à
dire que pour moi une cérémonie d'enterrement est avant tout l'occasion
pour tout ceux qui ont connu la personne et l'ont aimée de partager son
souvenir, de se recueillir, de dire au revoir à cette personne et aussi
de retourner vers la vie (réentendre l'Evangile pour les chrétiens,
mais aussi simplement un texte qui parle de la vie ou un repas pris en commun).
Comment ça se passe une cérémonie
d'obsèques à l'Église Réformée? J'imagine
que c'est assez personnalisé ? Quelle est la place du corps ?
Salut,
Voici quelques réflexions suite à ton mail intéressant,
Le coup de goupillon d'eau bénite sur le corps est un
symbole que nous ne pratiquons effectivement pas chez nous, pour la raison
que tu indiques : notre espérance n'est pas dans le corps, c'est une
excellente dimension de notre être, mais cette dimension est temporaire,
et quand le corps n'est plus vivant, ce n'est plus qu'un morceau de poussière,
ce n'est plus la personne, elle n'est en tout cas plus là-dedans. Nous
sommes pleinement en communion sur cela, tous les chrétiens, catholiques
& protestants en tout cas. Mais je crois comprendre ce symbole catholique,
il est une bénédiction sur la personne tout entière,
un rappel du baptême. C'est peut-être aussi une sorte de rite
ayant pour objectif de hâter son passage à travers le purgatoire
vers le paradis (c'est un peu surréaliste, mais il y en a qui y croient
dans l'église catholique). Car la cérémonie catholique
a aussi cette fonction, ainsi que les messes anniversaires, celle de demander
à Dieu de regarder la personne d'un regard favorable et de l'intégrer
au plus vite dans le paradis.
Dans la cérémonie protestante, c'est une chose
que l'on ne fait pas du tout : de prier pour la personne morte. Il nous semble
que si Dieu est amour comme nous le dit le Christ, il n'y a pas à le
supplier de vouloir du bien à la personne qui est morte. Quand on prie
Dieu pour une personne vivante, c'est un peu ambigu aussi, mais au moins notre
prière a des chances de s'exaucer en nous donnant à cur
un coup de main ou une parole qui aide la personne pour qui nous prions. Mais
pour un mort, il n'y a même plus ça, alors, effectivement, mieux
vaut ne pas prier pour elle. Nous prions plutôt pour les vivants, pour
ceux qui sont dans le deuil pour qu'ils ressuscitent dès maintenant
et trouvent ou retrouvent une espérance, un enthousiasme de vivre en
aimant.
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A l'inverse l'enterrement d'un de mes oncles,
sans cérémonie religieuse, m'avait paru plus juste, plus recueilli
: il y avait eu simplement l'évocation de son souvenir et un moment
de recueillement.
Évoquer avec affection la personne que l'on a perdue,
c'est déjà ça, et quand c'est dépouillé
de manières et de chichis, ça me plait bien. Certains sont rassurés
par un sorcier qui fait le tour du cercueil en faisant une danse sioux avec
de l'encens et de l'eau bénite. Moi, ça me hérisse (si
je me sens concerné), ou ça me fait rigoler (si je ne le suis
pas trop). Bertrand m'a raconté une blague à ce propos, au cours
d'une de ces figures de style où un curé en aube de dentelle
tournait autour du cercueil avec de l'encens, un de ses copains s'est penché
vers Bertrand et lui a dit : 'regarde cette folle, elle a le feu à
son sac à main et elle ne s'en est même pas rendu compte!'. Depuis,
j'ai du mal à ne pas rigoler tout seul en voyant cela, ce qui n'est
pas très aimable, et même pas respectueux du tout.
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Maintenant j'aurais tendance à dire
que pour moi une cérémonie d'enterrement est avant tout l'occasion
pour tout ceux qui ont connu la personne et l'ont aimée de partager
son souvenir, de se recueillir, de dire au revoir à cette personne
et aussi de retourner vers la vie (réentendre l'Evangile pour les chrétiens,
mais aussi simplement un texte qui parle de la vie ou un repas pris en commun).
Tout à fait d'accord. J'essaye seulement de faire attention
à ce que je mets en avant de la personne, en fait j'en dit assez peu,
et plutôt des choses qui sont de l'ordre de la qualité de relation
plus que de l'ordre de l'action, son métier... J'essaye d'insister
plus sur l'amour qu'a ses proches pour la personne morte. Parce que cela me
semble fidèle à l'évangile : c'est l'amour qui est plus
fort que la mort. Et ce qui importe le plus dans un acte, c'est ce qui l'a
inspiré comme amour. Si l'on insiste trop sur ce qui a été
accompli, j'ai toujours un peu l'impression que, du coup, le handicapé
ou le clodo n'a aucune valeur, pas d'humanité. Or, il me semble que
la grâce dont témoigne l'évangile, c'est que nous recevons
notre valeur comme un don, celui de l'amour dont nous sommes aimés.
Et si nous aimons un peu, ce n'est pas pour valoir plus, ou pour mériter
à posteriori l'amour dont nous sommes aimés, mais également
par grâce, pour le plaisir de rendre les gens un peu plus heureux.
Et, oui, j'essaye de témoigner de l'évangile
à partir d'un texte biblique qui me semble aller un peu avec au moins
un aspect de ce qu'était la personne morte.
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Comment ça se passe une cérémonie
d'obsèques à l'Église Réformée? J'imagine
que c'est assez personnalisé ? Quelle est la place du corps ?
Les obsèques ERF sont assez dépouillées
et simples. Il y a souvent le cercueil en plein milieu, ce qui n'est pas trop
à mon goût non plus. Certaines familles parmi les plus engagées
dans la foi font d'abord l'inhumation ou la crémation du corps, dans
la stricte intimité (avec juste une petite prière), et le culte
a lieu seulement après avec la famille et les amis. Je trouve ça
pas mal, car le moment le plus dur est de quitter le corps, justement. Une
fois cela fait, on peut passer aux choses sérieuses, pour ainsi dire,
à ce qui demeure : la parole de Dieu, l'amour, la louange pour ce que
l'on a reçu de cette personne.
La place centrale de ce culte est occupée par la lecture
de la Bible et une prédication dessus, encadrée par deux prières
de louange pour ce que l'on a reçu de la personne morte, d'un appel
à Dieu pour qu'il vienne réconforter ceux qui sont blessés
par la souffrance. Et il y a, comme dans presque tous les cultes, en introduction
une annonce de la grâce et en conclusion une bénédiction
de l'assemblée.
S'il y a assez de pratiquants dans la famille, on chante un
ou deux cantiques, sinon, je mets de la musique.
Personnellement, j'accepte à peu près tout ce
que la famille désire comme témoignage : lecture d'un texte
par la petite cousine, musique, et même les bannières et autres
drapeaux... Tant pis, après tout c'est leur cérémonie
à eux et je ne suis pas là pour leur casser les pieds, après
tout (la seule chose c'est que s'ils me demandent de faire des obsèques
athées - sans lecture biblique et sans prière-, je leur dis
que je suis désolé mais que je ne sais pas faire).
Bonne soirée
Et amitiés
pasteur Marc Pernot