Je suis désolé de vous importuner
avec mes confidences, mais je crains d'avoir besoin d'un conseiller spirituel.
En 2 mots, ma foi ayant évolué, elle me conduit à renoncer
à la chair. Cependant, je me sens incapable de renoncer à tout
investissement affectif. Je suppose que je suis loin d'être assez épuré
de mon individualité pour ne me vouer qu'à Dieu. Cette situation
induit une tension - parfois sévère.
Avec mes remerciements pour votre aide.
Cher Monsieur,
Vous n'avez, bien entendu, pas du tout à vous excuser
de faire des confidences à un pasteur. D'abord, c'est son métier
et il est payé pour ça. Ensuite, ce n'est pas désagréable
ni pénible de recevoir des confidences, c'est plutôt valorisant
quand des gens vous témoignent de la confiance, non ?
Mais venons en à ce que vous me confiez.
J'admire très très sincèrement votre façon
de vous engager dans la foi, la confiance en Dieu. Je suis certain que cela
apporte infiniment à votre existence, pour maintenant, et pour le temps
qui vient.
Personnellement, je ne pense pas que Dieu nous demande de devenir
de purs esprits. Le corps et la vie en ce monde sont des dimensions essentielles
de l'être humain tant qu'il vit en ce monde, un monde fait pour des
êtres de chair et de sang, un monde fait pour le bonheur et pour la
vie. Et tout cela nous est donné par Dieu. Ce sont plutôt les
religions orientales qui proposent de se dépouiller du désir
et du plaisir. La Bible nous propose d'orienter notre façon de répondre
à nos désirs en optimisant la dimension d'amour du prochain.
Dieu étant la clef de cette réorientation.
Pourquoi, par exemple, se priver de la joie
qu'offre le plaisir de manger de bonnes choses? Cela aussi fait partie des
dons de Dieu, pour nous rendre la vie joyeuse. Mais la foi fait vivre cette
joie un peu différemment. D'abord dans la louange, en remerciant Dieu
pour la joie reçue. Ensuite en remettant cette joie à sa place,
non comme notre raison de vivre (qui est en relation à Dieu), mais
comme un simple bonus. Et enfin, la foi peut nous donner l'envie de vivre
cette joie avec d'autres, ou que d'autres puissent aussi l'avoir... Jésus
n'est ainsi pas du tout réputé être un ascète,
il est même critiqué dans l'évangile comme "mangeur
et buveur", on le voit participer à des fêtes et des repas...
La question des plaisirs de la chair
est du même ordre, mais probablement un peu plus complexe encore par
relation avec une autre personne. Le plaisir en soi n'a donc rien de sale,
ni de contraire à la volonté de Dieu. Ce qui est vrai, c'est
que le sexe hors d'une relation d'amour et d'engagement ne me semble pas une
bonne chose. Ce n'est pas que cela fâcherait Dieu, mais simplement parce
que cela est nuisible. Par contre, quand un couple reçoit et se donne
du plaisir dans le cadre d'une relation d'amour et d'engagement mutuel, je
pense sincèrement que cela est une très belle chose et que cela
fait partie des dons de Dieu.
Dieu ne nous demande donc pas de renoncer à la chair,
c'est lui qui nous l'a donnée. Mais il nous donne aussi son Esprit
pour que nous ne vivions pas n'importe comment, mais à son image, celle
du Dieu créateur, du Dieu qui aime, du Dieu qui donne d'être
heureux et de donner du bonheur.
Vous me dites être incapable de renoncer à tout
investissement affectif. Heureusement. On voit très
souvent Jésus être "ému de compassion" pour
des personnes qu'il rencontre, on le voit aimer sincèrement Marthe,
Marie et Lazare, on connaît Jean, appelé "le disciple que
Jésus aimait", celui dont il était le plus proche, un ami
d'enfance, peut-être, ou simplement parce qu'ils s'entendaient à
1/2 mot... On ne nous dit pas si Jésus a été marié
un jour. Qu'importe, il s'agit de sa vie privée et cela importe peu
pour nous, mais ce qui est certain c'est qu'il s'investissait souvent assez
profondément dans ses relations amicales et dans ses sentiments pour
des personnes qu'il rencontrait.
Le conseil que Jésus nous offre (Matthieu 22:37), ce
n'est pas "Tu aimeras Dieu de tout ton être" un point c'est
tout. Mais ce qu'il nous propose, c'est: "Tu aimeras Dieu et tu aimeras
ton prochain comme toi-même", c'est à dire Tu
aimeras Dieu, et par lui, avec lui, tu aimeras aussi
ton prochain, et enfin, ce qui n'est pas le plus facile, tu
t'aimeras toi-même, Dieu t'y aideras, Dieu te donneras ce triple
amour qui n'en est qu'un seul et donc qui ne présente pas de tensions.
Il y a, au contraire, une remarquable synergie entre les 3, pour aimer non
seulement de toute son âme, mais aussi de tout son cur et de toute
sa force (son corps, ses actes), et de toute sa pensée....
Que Dieu vous bénisse
Fraternellement
pasteur Marc Pernot