Pourriez-vous me faire parvenir un document
historique sur les débuts, le pourquoi et la pertinence du baptême
des enfants dans le Christianisme avec, si possible, quelques références
scripturaires ou bibliques de cette procédure?
Je vous en serais très reconnaissant.
Merci d'avance, avec mes salutations distinguées.
La question du baptême, de la communion, du culte, de
l'organisation de l'église n'ont pas directement été
mis en place d'une manière précise et concrète par Jésus-Christ.
Nous savons tous qu'il n'était pas chrétien et qu'il n'a pas
fondé de nouvelle religion. Il était juif, on dirait aujourd'hui
qu'il serait juif libéral. Ce que Jésus a apporté, dans
ce domaine, c'est un renouvellement de la foi, un changement de perspective.
Le Christianisme a dû être construit après ce bouleversement,
pour en tenir compte. La première génération de chrétiens
a du faire cet effort de mise en cohérence, effort poursuivi et à
poursuivre partout dans le monde, en fonction des temps et de la culture.
Pour la question du baptême, nous savons que Jésus
ne baptisait pas. Ou en tout cas il ne baptisait pas d'eau (Jean 4:2), c'est
Jean-Baptiste qui le faisait. Le baptême que donne Jésus, lui,
c'est un baptême d'Esprit-Saint (Jean 1:33, Actes 1:5). Paul non plus
ne baptisait pratiquement pas (1 Corinthiens 1:14ss). Jésus ne baptise
apparemment pas la femme samaritaine, ni l'aveugle né, ni Matthieu
qu'il appelle à être apôtre et qui ne semble pas avoir
été disciple de Jean-Baptiste, il ne baptise pas Marthe, Marie,
Lazare (ses amis proches)...
Le baptême de Jean-Baptiste est un baptême marquant
la conversion, la purification des péchés, la fin d'une ancienne
vie pour renaître à une vie nouvelle. Ce baptême est évidemment
un baptême d'adulte, ou en tout cas de grands adolescents pour qui la
conversion, la décision de se tourner vers Dieu est personnelle. Mais
est-ce le baptême chrétien ? Toute la question est là.
C'est à nous, en église, de décider des gestes que nous
voulons nous donner pour rendre compte de l'Évangile du Christ que
nous avons reçu.
Très tôt, cependant, le baptême devient
le signe majeur d'entrée dans l'église chrétienne. On
le voit dans les Actes des Apôtres. C'est alors encore un baptême
de conversion, évidemment, comme pour l'eunuque éthiopien (Actes
8), ou Corneille (Actes 10). Mais quand le chef de famille (homme ou femme)
se convertissait, c'est toute la maison qui était baptisée (c'est
à dire enfants et peut-être serviteurs compris). C'est ce que
l'on voit à la conversion du chef de la prison (Actes 16:33), ou lors
de la conversion de Lydie la marchande de pourpre (Actes 16:15).
Au début, la circoncision des enfants (en fait des garçons)
a continué, même pour les adultes convertis, comme signe de leur
entrée dans l'alliance de Dieu. Mais rapidement, il est apparu que
ce n'était pas la meilleure façon d'être cohérent
avec l'Évangile reçu du Christ. En particulier parce que les
femmes ne pouvait être circoncises alors que Jésus acceptait
évidemment de façon très claire les femmes comme disciples,
mais la circoncision a été aussi abandonnée après
quelques dizaines d'années après Jésus aussi pour se
démarquer des juifs refusant de reconnaître Jésus comme
Christ, et pour mieux intégrer les chrétiens venant du paganisme.
Quel signe se donner pour marquer alors l'entrée dans l'alliance de
Dieu, à la place de cette fameuse circoncision pratiquée depuis
Abraham ? Le baptême s'est vite imposé, comme nous le voyons
pour les familles de Lydie ou du geôlier.
- Si l'on réserve le baptême aux adultes se convertissant,
on insiste sur la conversion de l'homme, sur l'acte de l'homme qui professe
sa foi en reconnaissant comme son Dieu et son Père le Père
de Jésus-Christ.
- Si l'on baptise toute personne, fusse-t-elle un bébé ou
un handicapé mental, on insiste sur la grâce de Dieu plus que
sur la foi de l'homme. Ce qui fait l'alliance, c'est l'amour de Dieu, même
unilatéral. Et rien ne peut la remettre en cause, car Dieu aime même
ses ennemis (Matthieu 5:44, Romains 8:39). Mais cet amour appelle la foi
personnelle de la personne. Et à ce baptême donné sans
condition il serait juste et bon que vienne répondre une profession
de foi marquant la conversion de la personne.
L'eau du baptême est alors non pas le symbole du lavage
(d'une purification de la vie ancienne), mais plutôt l'eau comme source
de la vie, l'eau vive dont parle Jésus (Jean 4, reprenant la symbolique
de l'eau comme bénédiction de Dieu dans la Bible, Ps 36, Ps
133, Deut 32:2...). L'eau est alors plus comme une origine de la vie plutôt
que venant marquer un changement de vie.
Si le baptême est le signe d'un lavage il est normal
de le réserver aux adultes et de les plonger tout entier dans l'eau
(baptême par immersion). Si l'on accepte de baptiser les personnes qui
ne sont pas pleinement conscientes (mais l'est-on vraiment jamais ?) alors
le symbole de l'aspersion (un peu d'eau sur la tête, comme quand on
arrose une plante) me semble meilleur, on pourrait aussi faire boire de l'eau
(ce serait très bien à mon avis).
Mais je reconnais que l'on peut voir autrement sans être
en dehors de la fidélité au Christ. D'ailleurs, dans le petit
dico de théologie que j'ai fait pour le mettre en ligne, je parle
des 2 façons de voir le baptême, même si personnellement,
j'accepte avec grande joie de baptiser les bébés, cela me semble
particulièrement bien témoigner de ce qui est essentiel pour
moi dans l'Évangile du Christ: la grâce de Dieu, une grâce
appelant notre foi.
En espérant avoir répondu à votre question,
Amitiés fraternelles
pasteur Marc Pernot