Question de visiteur & réponse proposée
Ces questions et réponses ont été rendues anonymes
en changeant quelques détails (prénoms, ville, âge exact, profession...)
afin de protéger l'intimité des personnes concernées
Depuis longtemps, une parole
de Jésus (je ne sais dans quel évangile) m'intrigue
sans que j'arrive jamais à l'éclaircir de manière
satisfaisante: "Je ne suis pas venu apporter la paix, mais
l'épée" ?
Chère Madame
Il y a pas mal de réponses possibles à
votre question.
Heureusement que ce passage (Matthieu 10:34) nous
choque, car il est vraiment atypique dans l'évangile. Sur
1000 versets annonçant le pardon, la bienveillance, la
"grâce", et même l'amour des ennemis...,
il n'y en a peut-être un qui semble violent, et encore.
Il s'agit donc d'un correctif à l'ensemble, peut-être
pour rectifier une façon mièvre, doucereuse, et
molle de comprendre et de vivre l'Évangile. Jésus
n'était pas le blondinet aux yeux de cocker des images
pieuses. Il n'était pas pour la simple tolérance
mais pour une relation plus vraie, plus créatrice, une
relation faite d'admiration de ce qu'est la personne qu'il rencontre
et l'indignation pour ce qui ne va pas en elle et dans le monde.
Contrairement à ce que des gens bien intentionnés
prétendent, Jésus n'était pas pour le simple
partage, mais il nous invite à le suivre en se donnant
pour les autres et et recevant ce que l'autre nous donne généreusement...
Et alors pour cette épée? Quelle
que soit l'interprétation que l'on peut trouver, il me
semble que ce doit nécessairement être cohérent
avec l'idée centrale de l'évangile de la grâce
de Dieu, c'est-à-dire de sa bienveillance radicale pour
toute personne humaine, sans condition.
Peut-être que cette épée dont
parle Jésus ici c'est, comme parfois dans la Bible, une
image de la Parole de Dieu qui tranche entre le bien et le mal,
qui permet de séparer comme avec un scalpel entre ce qui
est bon de ce qui est mauvais. Alors l'épée est
effectivement ce qui rend possible la bienveillance active. Elle
est ce qui permet de séparer, en chacun, l'homme bon de
l'homme mauvais. Nous sommes tous les 2 à la fois, bien
entendu, en proportion un peu diverses, mais frères et
surs tout de même en cela. La bienveillance que nous
propose Jésus avec cette épée, ce n'est pas
de faire comme si tout était parfait dans ce monde et en
nous, mais c'est de savoir distinguer le bien et le mal pour aimer
le bien. Et aussi pour travailler activement afin que le bien
s'épanouisse et se développe, et que le mal régresse
au point de disparaître (presque). Si c'est cela l'épée
de ce passage, elle est une bonne nouvelle aussi, la bonne nouvelle
d'un Dieu qui nous accepte et nous purifie de notre mal, comme
le scalpel d'un chirurgien qui enlève un cancer.
Oui, ce passage est choquant, mais s'il nous réveille
pour lutter contre le mal tout en voulant du bien à chaque
personne individuellement, alors il aura atteint le but de l'Évangile.
Bonne route & amitiés
pasteur Marc Pernot