Bonjour Monsieur le Pasteur,
Aujourd’hui j’ai entendu aux infos qu’il y a eu une grande manifestation pour le droit a l’avortement et le droit a l’hôpital public.
Pour l’hôpital public OK il n’y a pas de soucis, mais demander d’avoir le droit d’avorter ?
Je suis contre l’avortement normalement; je peux accepter qu’on avorte seulement dans un but spécial c’est à dire dans un cas de viol, ou si un enfant doit naitre 100 % handicapé. Bien que je ne partage pas la doctrine Catholique, l’église catholique justement n’accepte pas l’avortement. Dans le protestantisme je t’entends pas beaucoup en parler justement.
Mais vous que pensez-vous de l’avortement à l’Oratoire et dans toute l’Église réformée ?
Merci pour votre réponse et de m’avoir lu.
réponse proposée
Bonjour et désolé pour la réponse un peu longue, mais sur des sujets si délicats, je ne sais pas faire court, c’est peut-être pourquoi je n’en parle pas assez ?
Dans le protestantisme, et particulièrement à l’Oratoire, nous sommes très réticents à fixer des règles absolues valables pour tous & pour toujours. Il y a de grands principes généraux, comme l’amour de Dieu, de son prochain et de soi-même. mais pour des questions morales particulières comme l’avortement, par exemple, il y a mille cas particuliers et la dimension humaine, personnelle, tient une grande place.
Pour l’avortement, vous avez raison, il faut tenir compte des circonstances. Il est certain que l’avortement est toujours une mauvaise solution, mais c’est parfois la moins mauvaise des solutions, comme vous le signalez très justement et très humainement en citant des cas extrêmes. Il existe ainsi des situations où pour les parents et pour la famille tout entière (les enfants déjà nés et ceux éventuellement qui naîtrons après) c’est le moins mauvais des choix. Les cas que vous évoquez sont très concrets.
Envisageons le cas d’un enfant à naître qui serait grandement handicapé, comme vous le proposez.
- Telle famille peut se sentir prête à l’accueillir de tout cœur. C’est alors très bien de garder cet enfant, et ce sera une chance pour lui de vivre sa vie telle qu’elle est (nous sommes tous plus ou moins souffrants et handicapés, dans un certain sens, nous devons « faire avec »), et dans ces conditions il est probable que la famille tout entière recevra bien des richesses humaines et spirituelles au contact avec cet enfant handicapé. Mais c’est vrai que des sacrifices devront être faits, de la part des parents et de la part de tout l’entourage, et un travail est à faire pour accepter que son enfant ne soit pas l’enfant parfait que l’on rêve, et accepter de peser sur son entourage à cause de cet enfant.
- Telle autre famille ne ses sent pas prête à accueillir un enfant très handicapé, par exemple parce que les parents sont jeunes, ou qu’ils ont déjà d’autres enfants, des métiers déjà compliqués, ou tout simplement qu’ils sentent qu’ils n’ont vraiment pas assez de forces dans la vie pour cette tâche… Mais la difficulté, c’est qu’il n’est pas besoin de raisons objectives pour ne pas se sentir capable, ou de ne pas se sentir appelé à une telle mission… et l’avortement est alors parfois la moins mauvaise des solutions. C’est quand même une solution difficile, évidemment, car il faut faire le deuil de cet enfant que l’on a choisi de ne pas garder. C’est pourquoi, à mon avis, les personnes de ce couple doivent être entourés de la plus grande compassion et compréhension. C’est vraiment trop facile de les juger quand on n’a pas eu soi-même à prendre ce genre de décision, c’est hyper cruel de renforcer leur culpabilité avec des principes à l’emporte pièce.
Les personnes qui ont de grandes certitudes de détenir la vérité avec leur position radicalement opposée à tout avortement dans tous les cas parlent au nom de la vie, mais de quelle vie parlent-ils ? Un fœtus qui ne peut vivre sans le corps de la mère est une vie, mais est-il déjà un individu ? Un enfant désiré n’a pas encore de vie biologique mais pourtant, il est déjà appelé, unique, aimé par celui ou celle qui désire le concevoir ou l’accuillir par l’adoption.
On voit donc bien que le corps, la vie biologique n’est pas tout. Et la vie à respecter c’est aussi la vie de toutes les personnes concernées. La dimension humaine & spirituelle est essentielle dans la décision qui sera prise, l’avenir du fœtus est un élément, mais aussi l’avenir de chaque personne de la famille. Il est bon de prendre en considération les parents et tout particulièrement la mère. Un avortement n’est pas rien, mais avoir un enfant non désiré non plus n’est pas rien, même quand c’est pour le confier à l’adoption.
C’est pourquoi, dans le protestantisme, et tout particulièrement peut-être à l’Oratoire, nous choisissons d’avoir plus une éthique de la responsabilité que des lois morales qui s’imposent aveuglément aux personnes.
Nous sommes responsables et devons agir au mieux dans un monde où le bien et le mal sont parfois mêlés. D’un point de vue théologique, il me semble important de noter que ce n’est pas Dieu qui fait le handicap, ou qui enverrait un enfant handicapé à telle famille ! Dieu est le Dieu de la vie et de la santé. Et quand on travaille avec intelligence et respect pour la santé contre la maladie, ce n’est pas contre le plan de Dieu que l’on travaille mais avec Dieu. Quand un enfant handicapé s’annonce, c’est avec Dieu que chacun doit mettre à l’épreuve sa vocation, en discuter avec lui, sui je peux dire, décider avec lui, dans le dialogue et non pas seulement dans une obéissance aveugle à une loi.
Comme théologien et comme pasteur, je ne pense vraiment pas que je devrais décider à la place de ces personnes, la décision est de leur responsabilité. Si elles le désirent, nous pouvons nous poser des questions et en débattre ensemble. Je peux leur redire l’appel que Dieu adresse à chacun de réfléchir par lui-même, de prier et se décider en relation avec lui. Je peux leur redire l’évangile: Dieu nous comprend et nous pardonne, parce qu’il nous aime d’un amour que rien ne peut diminuer.
Cela dit, les circonstances d’un viol ou d’un enfant gravement handicapé ne sont pas tous les cas.
Être responsable ce n’est pas coucher n’importe comment avec n’importe qui, se retrouver mère ou père sans l’avoir désiré, et avorter ensuite. Cela peut arriver de faire une bêtise, et à ce moment là, on essaye de gérer la situation au mieux, en réfléchissant, en se décidant éventuellement pour un avortement, de confier l’enfant à l’adoption, ou de le garder… là encore la décision doit être prise en responsabilité personnelle,pas par une simple obéissance. Et si bêtise il y a eu, il est bon de le reconnaître, justement, en être responsable. Il est possible de le faire devant Dieu puisque l’on se sait aimé et que Dieu comprend, pardonne. Mais il appelle aussi à un comportement responsable, constructif, et il nous aide pour cela, nous éclaire sur les enjeux, nous donne la force de mieux vivre ce que l’on pense être juste…
Avec mes amitiés fraternelles.
pasteur Marc Pernot