Monsieur,
Je tiens tout d'abord à vous faire part de mes félicitations pour votre site réellement intéressant et très instructif.
En tant que catholique qui me pose certaines questions de théologie, j'aimerais connaître votre opinion sur la question suivante: est-ce que les premiers chrétiens croyaient à la présence réelle du Corps et du Sang du Christ dans les espèces de l'Eucharistie? Ou bien s'agissait-il pour eux uniquement d'un symbole ou d'une présence spirituelle comparable à l'acception réformée actuelle?
Si c'est le cas, à partir de quel moment la croyance en la présence réelle s'est-elle développée?
Merci d'avance pour votre réponse.
Cher Monsieur
Merci pour vos encouragements. Je suis ravi que notre site vous apporte quelque chose.
La façon dont les premiers chrétiens concevaient la nature du Christ était assez diverse. L’idée d’une double nature du Christ, humaine et divine, n’était pas complètement partagée par tous, certains le considéraient comme un homme (pleinement en communion avec Dieu), d’autres le considéraient au contraire comme Dieu, avec seulement une apparence humaine. C’est progressivement que les théologiens ont réfléchi sur cette question et que le courant majoritaire s’est imposé (et a été imposé avec plus ou moins de succès). Dans ces circonstances, vous comprenez qu’il n’y avait pas de pensée unique concernant le mode de présence du Christ actuellement.
L’Evangile selon Matthieu termine avec cette promesse du Christ “Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde” (Matthieu 28:20) cette promesse parle bien de la présence réelle du Christ à nos côtés, au côté de chacun de nous, chaque jour. Mais cette présence n’est pas matérielle, bien entendu. Nous avons la même idée dans cet autre passage du même Evangile où Jésus dit : “là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux.” (Matthieu 18:20).
L’Evangile selon Jean dit une chose comparable quand il nous dit que le Christ nous promet de faire sa demeure en nous (14:20, 15:4). Il s’agit d’une présence réelle intérieure, spirituelle, mais non matérielle.
Nous croyons ainsi à la présence réelle du Christ dans notre existence, mais cette présence est spirituelle. C’est l’opinion assez communément partagée parmi nous, que ce soit dans notre existence, au cours du culte, ou dans les sacrements (en particulier lors de la Communion). Pour certains, cette présence serait plutôt symbolique, en évoquant le Christ, en pensant à lui, à ses paroles, à sa vie on se laisse aujourd’hui influencer par lui, et grâce à lui nous nous ouvrons à la dynamique d’évolution qu’est Dieu, qui peut alors faire naître et grandir en nous quelque chose qui est de l’ordre du Christ, de l’humain véritable en communion à Dieu.
Dans tous les cas, il n’est pas question de présence matérielle du Christ. C’est d’ailleurs ce que dit explicitement l’apôtre Paul dans 1 Corinthiens 15.
Pour ce qui est du dogme de la transsubstantiation, c’est à dire de la transformation de la substance du pain et du vin en la substance du corps et du sang du Christ, il est difficile de dire quand cela est apparu. Les choses ont été vraiment fixées lors du concile de trente en réaction à la réforme protestante, mais il était déjà question de ce genre d’idées bien plus tôt. Mais la notion même de substance n’était pas celle que nous avons aujourd’hui, ce qui rend difficile de dire comment le mode de présence du Christ pouvait être compris il y a 500 ans seulement. La substance était alors la nature profonde au delà de l’apparence, suivant la conception des philosophes grecs de l'antiquité. Aujourd’hui, nous avons une tout autre conception de la substance. Et je suis persuadé que si l’on fait une analyse physico-chimique d’une hostie consacrée on trouvera majoritairement de la cellulose, et pas des protéines, avec l’adn de Jésus-Christ. Au sens moderne du terme, la substance du pain reste du pain, et la substance du vin reste du vin. Mais la présence du Christ peut néanmoins être bien réelle pour le croyant qui communie. Je ne pense pas qu’aucun théologien catholique pense que le Christ est présent substantiellement au sens actuel du terme. A mon avis, c’est plutôt le peuple catholique qui imagine qu’il devrait croire cela, et dans un certain sens des rites comme l’adoration du Saint Sacrement peuvent effectivement laisser comprendre comme allant dans ce sens ?
Avec mes amitiés respectueuses
pasteur Marc Pernot
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