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Luther et la question
de l'existence du mal ?

Salut marc!

Dimanche soir, pendant que je potassais un bouquin sur Luther, je suis tombé sur ses paroles: "Dieu ne peut faire le mal, bien qu'il produise du mal par le méchant " . "Dieu est sans cesse à l'œuvre dans ses créatures" Il ne cesse pas d'agir, y compris par les impies, sinon il ne serait pas Dieu. Mais Dieu se sert aussi du pharaon endurci "pour faire de grands prodiges et pour manifester Sa majesté, afin que nous croyions en lui "

Il me semble qu'il y a la mort des premiers nés dans les fléaux de l'Égypte. Or, d'après Luther, ça serait l'œuvre de Dieu par la faute du pharaon endurcit (qui était déjà endurci avant que Dieu ne l'endurcisse encore +). Ça revient donc à sa première phrase où il dit que Dieu ne fait pas le mal mais qu'il produit le mal. Ça semble une piste intéressante à développer, mais je comprends pas trop ce que ça veut dire en fait! Je ne saisis pas bien Luther, avec la différence entre faire le mal et produire le mal "par procuration".

Que comprends-tu de ces passages, et es-tu d'accord avec?

Sinon, je crois que c'est aussi en lisant ce bouquin, Luther dit que la Cène peut être célébrée par n'importe qui, et pas uniquement par un prêtre. Cela voudrait dire que si le pasteur n'est pas là, n'importe qui d'autre peut donner la Cène. Je suis d'accord dans le sens où le pasteur n'a pas de pouvoir spécial pour ça, et un ancien peut très bien le faire. en revanche, je ne me vois pas le faire moi! N'y a t'il pas des restrictions quand même, et dans l'eglise réformée, qui à le droit de célébrer la cène?

@+,encore merci, et que le Seigneur te bénisse beaucoup cette semaine!

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Salut,

La question de l'existence du mal ouvre à pas mal de réponses différentes qui sont justifiées bibliquement, ou plus précisément justifiables bibliquement. Il est parfois possible d'en combiner plusieurs qui ne sont pas incompatibles entre elles. La principale difficulté réside bien entendu dans l'équation si Dieu est 100% amour & Dieu est 100% puissant => il ne devrait pas y avoir (trop) de mal sur terre, ou en tout cas 0% de souffrance d'un innocent comme un enfant.

Je ne suis pas savantissime en théologie du XVIe siècle, je dois le reconnaître, car la réforme a, heureusement continué à se réformer de génération en génération. Mais il me semble que Luther, Calvin et les autres ont été motivés dans leur effort extraordinaire de réforme par le scandale des indulgences, qui donnait pleine responsabilité à l'homme dans le fait d'être sauvé (par exemple en donnant plein de sous à l'église). Face à cela, les réformateurs ont insisté sur la puissance de Dieu qui décide de sauver et sauve qui il veut quand il veut... d'où la théorie de la double prédestination de Calvin (il y a des gens qui naissent pour être sauvé, et d'autres qui naissent pour être perdu), et d'où le "traité du serf-arbitre" de Luther.

Aujourd'hui, nous ne dirions plus tout à fait cela, il semble que par réaction aux indulgences, les réformateurs soient allés un peu loin dans l'autre sens. Luther doit donc assumer sa croyance que tout est dans la main de Dieu, la vie donc (nous sommes tous d'accord la dessus), mais aussi la souffrance inouïe d'un enfant de 7 ans qui meurt horriblement de leucémie ou de sida. Et, là, je ne suis absolument, absolument pas d'accord.

Tu peux voir ce que je pense sur cette question du mal et de la souffrance dans ce court article.

Un des points clefs est de constater, ce qui est indubitable, que la notion de "Dieu tout puissant" n'est finalement pas si biblique que cela. 99% des passages où il y a marqué dans nos traductions de la Bible que Dieu est "le tout puissant", cette traduction est fausse, et il n'y a pas de trace du mot "tout" dans le texte biblique. Mine de rien, il y a ici un mensonge grave qui parasite l'idée de Dieu que nous avoir à partir de la Bible. Il n'y a que 10 endroits où il y a effectivement "tout puissant" dans le texte et c'est toujours pour parler de la fin des temps ( 2Cor 6:18, Apoc 1:8, 4:8, 11:17, 15:3, 16:7, 16:14, 19:6, 19:15, 21:22). Là, je suis d'accord, à la fin des temps, comme le dit Paul, toutes choses lui seront soumises, sa toute puissance sera accomplie. Mais pour l'instant sa puissance se manifeste dans le temps et par l'amour, il travaille donc avec puissance mais dans la douceur, une puissance faible, humble, qui accompagne... un peu comme la puissance du Christ, en fait.

Pour la Cène, oui, c'est pour nous un principe de base, que l'on doit effectivement à Luther : le sacerdoce universel : tout le monde est prêtre, et même tout le monde est prophète et roi, puisque tous nous sommes regardés par Dieu comme son enfant bien aimé, co-héritier du Christ ! Concrètement cela veut d'abord dire que toute personne est digne de lire la bible et de réfléchir par elle même. C'est ainsi que l'on voit que si pour Luther nous ne sommes pas très libre vis-à-vis de Dieu et de sa toute puissance, nous sommes libres de penser vis-à-vis des papes... et des pasteurs. C'est déjà ça.

Mais tu as raison. Les hommes et les femmes qui président la Cène font une prédication, ou un baptême... ont été formés pour cela, ils sont reconnus par le Conseil Presbytéral comme "prédicateurs laïcs", ils reçoivent même une sorte de petit papier rose du conseil régional qui les nomme officiellement, pour un an renouvelable, à cette fonction.

Amitiés, et à bientôt

 

pasteur Marc Pernot

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