Je suis membre d'une église réformée
en Amérique depuis deux ans.
Nous avons vécu en France avant de venir
nous installer ici. Nous avons également fréquenté des
églises réformées en France (Lille, Lyon).
Mon mari et moi avons des questions concernant
plusieurs choses, comme le sont d'ailleurs différents membres de notre
église. Pouvez-vous nous éclairer sur les questions suivantes:
Nous vous remercions de nous donner des explications
sur ces questions.
Il est vrai que du temps de Calvin les femmes ne pouvaient pas
être pasteur, mais à mon avis c'est pour des raisons culturelles
(induite par la place laissée aux femmes au XVIe siècle par
les hommes). Mais Calvin serait le premier étonné si l'on prenait
sa parole comme lettre de l'évangile. Ce que nous ont apporté
les réformateurs du XVIe, au contraire, c'est à nous réformer
sans cesse pour chercher une plus grande fidélité à l'évangile.
Bibliquement, cela est, pour le moins, très discutable d'exclure
les femmes du rôle d'annoncer l'évangile. Et si quelqu'un désire
exclure les femmes, il devrait avoir le courage (et l'honnêteté)
de dire que cela vient de lui, de son choix personnel, sa libre interprétation
de la volonté de Dieu. Schématiquement on peut en effet avancer
2 textes bibliques pour réfléchir sur cette question:
- Il y a des passages des lettres de Paul où il interdit aux femmes
de parler dans une église (1e lettre aux Corinthiens 14:34). Celui
qui désire prendre à le lettre ce passage, en disant que le
contexte s'applique encore aujourd'hui, peut effectivement en venir à
interdire aux femmes d'annoncer l'évangile à l'assemblée
des fidèles rassemblés.
- A contrario, le Christ envoie les femmes en mission pour qu'elles annoncent
sa résurrection aux apôtres et principaux disciples de Jésus
assemblés dans la chambre haute où ils ont mangé la
Cène avec le Christ quelques jours avant. Cette mission est ce qu'il
y a de plus fondamental dans la prédication chrétienne. L'assemblée
où elles doivent parler est sans doute la plus authentique des d'église.
L'ordre vient du Christ lui-même, dans une parole claire et solennelle.
(Matthieu 28:7, Matthieu 28:10, Marc 16:7, Jean 20:17). On pourrait donc
même interpréter ce passage à la lettre en disant que
seules les femmes peuvent annoncer l'évangile dans l'église.
Face à cela, il faut bien faire un choix. Mais c'est effectivement
un choix personnel qui ne s'impose pas directement.
Personnellement, il me semble que dans l'interdiction de Paul s'explique
par le contexte culturel de l'époque (peut-être qu'à Corinthe,
à l'époque de Paul, voir une femme parler en public pouvait
faire penser à d'autres cultes animés par des prostituées
sacrées?) En effet, d'un point de vue théologique Paul est contre
la discrimination sur le sexe ou l'origine quand il dit "Il n'y a plus
ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme
ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ." (lettre
aux Galates 3:28)
Jésus envoie certes que des femmes annoncer sa résurrection,
mais il a par ailleurs que des hommes parmi les 12 plus proches disciples,
cela équilibre.
Donc, personnellement, je choisis de penser que Dieu appelle tout être
humain à suivre le Christ, donc à annoncer la Bonne Nouvelle
à sa suite, sans distinction de sexe ou d'origine.
Et je suis heureux que mon église ait choisi de reconnaître
comme pasteur des hommes et des femmes. Je ne resterais pas dans une église
qui ferait de la discrimination pour des raisons de sexe, comme je ne resterais
pas dans une église qui ferait de la discrimination entre les races.
Sur les 2 autres questions, j'ai aussi une opinion, c'est de ne pas être
d'accord du tout avec votre pasteur.
Ma réponse s'explique de façon similaire que pour la première
question. En effet, la logique sur ces 2 autres points reste la même
dans votre église que pour la première question: s'en tenir
à ce qu'a pensé Calvin plus qu'à sa façon de penser.
Il justifie probablement cela par une certaine lecture de l'évangile
qui n'est absolument pas la seule possible (et de loin pas celle qui est la
plus cohérente avec l'amour du prochain). Cela conduit à affirmer
son propre pouvoir au détriment d'autrui.
Avec mes amitiés fraternelles
pasteur Marc Pernot