Dans la symbolique chrétienne,
on a associe un homme à un taureau un lion et un aigle, pouvez-vous me
préciser cela?
Merci.
Il y a dans la Bible des livres qui ont un style assez curieux,
un peu du genre des romans de science-fantasy, avec des dragons, et autres
créatures imaginaires. Si le style est un peu étrange, ces textes
parlent quand même de choses qui nous concernent, du sens de la vie
humaine en relation avec Dieu.
Dans cette littérature on parle plusieurs fois de 4
créatures à 1/2 humaines qui portent le char de Dieu: "quant
à la figure de leurs faces, ils avaient tous une face d'homme, tous
les quatre une face de lion à droite, tous les quatre une face de boeuf
à gauche, et tous les quatre une face d'aigle." (Ézéchiel
1:4-10, 10:14, Apocalypse 4:7)
Comme l'église chrétienne a gardé 4 témoignages
principaux sur Jésus (les 4 évangiles de Matthieu, Marc, Luc
et de Jean), les chrétiens se sont amusés à identifier
les 4 auteurs de ces évangiles aux 4 créatures spéciales
qui portent le char de Dieu dans le livre d'Ézéchiel. C'est
Saint Jérôme (au Ve siècle) qui a proposé de se
baser sur le début de chacun des évangiles pour associer un
évangéliste à une des créatures:
- comme l'Évangile selon Matthieu
commence par la généalogie de Jésus, Saint Jérôme
lui a attribué l'homme
- comme l'Évangile selon Marc commence
par la prédication de Jean-Baptiste dans le désert, Saint
Jérôme lui a attribué le lion, animal du désert.
- comme l'Évangile selon Luc commence
dans le temple de Jérusalem, Saint Jérôme lui a attribué
le taureau, animal que l'on offrait souvent en sacrifice dans le temple.
- comme l'Évangile selon Jean commence
par une introduction très philosophique, Saint Jérôme
lui a attribué l'aigle qui vole très haut dans le ciel.
Ces symboles se retrouvent un peu partout dans les uvres d'art, par
exemple dans les sculptures des cathédrales.
Amitiés
pasteur Marc Pernot
Cher Monsieur,
Ma récente condition de malentendant (maladie de Menière) qui m’a, hélas, éloigné de beaucoup d’activités, me conduit aujourd’hui à lire davantage et aussi à « naviguer sur le Net », ce qui m’a permis de découvrir le site de l’Oratoire du Louvre et ses nombreuses informations.
A propos de lecture et m’intéressant particulièrement à l’Évangile de Jean, et plus encore à son Prologue, l’occasion m’a été donnée dernièrement de lire le commentaire qu’en a fait Maître Eckhart. Dans sa préface, Eckhart indique, parlant d’Ez 17, 3-4, que « Cet aigle , c’est Jean l’Évangéliste lui-même » ; or, dans ma Bible (NBS), une note relative à Ez 17, 3 indique que, concernant le grand aigle, « il s’agit de Nabuchodonosor, roi de Babylone ».
Que peut-on comprendre de ces indications divergentes : Jean l’Évangéliste et Nabuchodonosor ?
Notamment, doit-on considérer que cette version d’Eckhart procède d’une approche propre au courant mystique rhénan des XIIème et XIIIème siècles (la grâce divinisante), empreint d’allégorisme et de symbolisme ? Et si oui, quelle valeur peut-on accorder à une telle approche dont il faut bien convenir qu’elle « perturbe » sérieusement la lecture que nous faisons habituellement de l’Écriture. Certes, nous savons que la compréhension de ce que nous croyons se situe à différents niveaux, mais à ce point, cela devient un exercice difficile, qui semble en quelque sorte réservé à des initiés !
Peut-être pourrez-vous m’éclairer car autour de moi, les avis restent plutôt vagues…
Bien fraternellement à vous,
Réponse :
Bonjour Monsieur
Effectivement, c'est dans le livre d'Ézéchiel qu'il est question de ces quatre créatures à 1/2 humaines qui portent le char de Dieu: "quant à la figure de leurs faces, ils avaient tous une face d'homme, tous les quatre une face de lion à droite, tous les quatre une face de boeuf à gauche, et tous les quatre une face d'aigle." (Ézéchiel 1:4-10, 10:14)
Une note de votre Bible dit que cet aigle est Nabuchodonosor, c'est probablement vrai sur le plan historique, au moment de la rédaction du texte.
Mais ces textes bibliques ne sont pas des reportages au sens où nous l'entendons maintenant. S'ils ont été repris dans la Bible c'est qu'ils ont été compris comme ayant un sens qui dépasse l'anecdote qui a motivé la première rédaction. Ces textes ont donc un sens qui transcende l'histoire et il est légitime de voir dans cet aigle des choses qui concernent le lecteur et non seulement l'auteur, chacun des lecteurs, à travers toutes les générations, et donc nous sommes appelés aussi, à notre tour, à oser une interprétation personnelle.
Et donc, oui, nous pouvons, quel que soit notre degré d'instruction, lire la Bible et chercher un sens pour notre existence personnelle. Un peu comme Maître Eckhardt, mais évidemment, lui, par son élévation a une interprétation qui a une portée plus universelle que celle d'une petite bergère. Mais il n'empêche, personne ne peut lire la Bible comme la petite bergère à la place de la petite bergère, pas même Maître Eckhardt.
Amitiés
Marc Pernot