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Je m'interroge sur le fameux sola gratia des protestants

Monsieur le pasteur

Je suis catholique. Depuis longtemps je m'interroge sur le fameux sola gratia des protestants, car j'ai beaucoup de mal à le comprendre. De plus, je manque terriblement d'objectivité.Quel est le rapport exact entre la foi et les oeuvres? pour vous la coupure est-elle vraiment complète? J'ai peur de me faire une caricature de ce que vous croyez vraiment.

Dans le Petit dictionnaire de théologie catholique, à l'article Protestantisme, Rahner et Vorgrimler déclarent:

"Le catholicisme professe avec le protestantisme le principe sola gratia s'il est toutefois bien compris.Car, du premier moment jusqu'au dernier, il n'existe pas d'acte salutaire qui ne sois pas porté par une grâce gratuite (non due). Tant la possibilité, en effet, que l'acte libre effectif de l'homme, et donc ce qui libère la liberté pour croire, espérer et aimer selon Dieu vient de la grâce qui est sans doute promise à tous, mais qui reste pour chacun une grâce nullement due. [...]"

J'ai effectué des coupures, espérant ne pas avoir omis quelque chose d'important.Nous nous accordons sur l'essentiel, pas de problème sur ça.Mais si, à la lettre, seule la foi sauve, si aucune circulation n'existe entre la grâce vivifiante de Dieu et les oeuvres de l'homme; alors où est la liberté de l'homme?

Peut-être que je m'explique mal. Enfin, ma première question est: comment les protestants accordent sola gratia avec la responsabilité de l'homme devant Dieu?

A ce propos, voici ce que disent Rahner et Vorgrimler (dans une perspective catholique):

"Cependant, pour autant que cette grâce a une action réellement transformante dans l'homme justifié, ce que celui-ci fait dans l'esprit de Dieu est digne de la vie éternelle et digne, en ce sens, du mérite dont l'écriture elle-même parle tout naturellement."

Ce qui m'amène à ma seconde question. Quelle est l'argumentation que proposent les protestants au sujet du sola gratia? J'ai entendu une fois sur Fréquence Protestante un pasteur de l'Eglise réformée dire que l'annonce par le Christ du Jugement dernier en Matthieu, 25 31 avait été abusivement interprétée sous l'angle d'une théologie du mérite. Peut-être pourriez-vous m'en faire un commentaire?

Merci d'avance?

 

Cher Monsieur

Vous savez que le protestantisme n'est pas défini dogmatiquement, c'est à dire qu'il n'y a pas de théologie officielle et obligatoire.

En ce sens, le “sola gratia” était un principe de théologie de certains réformateurs, et en particulier Calvin au 16e siècle, mais aujourd'hui, personnellement, je ne le professe pas d'une manière aussi radicale que ce réformateur. Je crois d'ailleurs que beaucoup de protestants d'aujourd'hui, d'une certaine manière s'approchent du semi-pélagianisme catholique, admettant, comme vous, au moins la liberté de l'homme d'adhérer au plan du salut, au moins d'accepter le salut, et au plus d'avoir à collaborer à l'oeuvre divine en lui.

Ce que je pourrais dire, c'est que la tendance actuelle reste quand même une insistance certainement globalement plus forte dans le protestantisme sur la grâce, le pardon et l'amour inconditionnel de Dieu que dans le catholicisme.

Pour Calvin, c'était simple, le salut dépendait du seul décret éternel de Dieu, prédestinant certains au salut, et d'autres à la perdition. Je ne connais aujourd'hui aucun protestant réformé professant cette doctrine de la double prédestination, et je m'en réjouis.

Bonnes réflexions et très cordialement

Louis Pernot

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