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Geste fraternel pendant la communion ?

Bonjour Marc,

Petite livraison de questions faciles (j'ai pas assez dormi pour en poser des difficiles) :

J'étais dimanche au culte dans ma Picardie natale et profonde et j'y ai vu des choses un peu différentes d'ici. La liturgie était tout "à l'envers", mais tu m'avais déjà expliqué ça (j'ai pas encore tout oublié:-)). Par contre au moment de la Cène j'ai été plus surprise : au lieu de passer simplement le plat, on offre le morceau de pain à son voisin et quand il a communié on lui passe le plat pour qu'il fasse de même avec son voisin. J'ai trouvé que c'était un assez joli geste, être servi puis servir à son tour, recevoir un appel et transmettre à son tour l'appel (un peu comme Marthe qui va chercher Marie). Par contre ça force peut-être un peu la main pour ceux qui se sont mis dans le cercle et ne veulent pas communier.

Bonne journée + amitié

Françoise

 

Hello, bonjour,

La liturgie, oui, il y a des variantes. Pour la Cène, c'est vrai que c'est sympa de passer un bout de pain à son voisin. Mais personnellement, je trouve qu'il y a des inconvénients majeurs :

1) Comme tu dis, ça force les autres à participer. Si l'on ne veut pas les piéger, il faut alors dire que les gens qui ne veulent pas participer n'aillent pas dans le cercle, + du coup, ça les exclut complètement, ce qui me semble triste, et, à mon avis, rédhibitoire.

2) Ce geste insiste sur la dimension de communion entre les participants, ce qui est effectivement une dimension de ce geste. Mais si "communion" il y a, c'est d'abord une communion avec Dieu, en Christ (1Co 10:16), c'est cela qui est fondateur, précisément, d'une certaine vision de l'humanité comme un corps. Je préfères insister sur la dimension personnelle de relation à Dieu. Le texte de l'évangile propose "prenez et mangez". Le geste de prendre le pain est donc important, à mon avis, il est comme un engagement personnel, une profession de foi.

3) Personnellement, les appels du genre "faites un salut à votre voisin" me semblent plus ressortir du dressage que de la pédagogie, ces gestes me semblent plus produire de l'hypocrisie que de bons sentiments. Si je n'ai pas eu envie de lui faire un sourire avant le signal, que produit en moi le fait que l'on me force ? Quel est le sens d'un petit geste formel comme cela, n'y a t-il pas le risque de se sentir alors quitte, en règle, puisque l'on a déjà fait un geste ? Comment, au signal donné, par obligation, devrais-je ressentir un profond sentiment de fraternité pour mon voisin ? La seule solution pour nourrir (ou faire naître) une vraie relation n'est à mon avis pas le geste forcé, mais précisément de le recevoir de Dieu comme une naissance ou une guérison, une croissance et un envoi en mission. D'où mon choix de plutôt privilégier la dimension de relation à Dieu plutôt que la dimension de relation aux autres, dans ce geste où les deux sont associés.

Amitiés

pasteur Marc Pernot

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Bonjour Marc,

Sur la Cène, ce qui me gêne le plus c'est vraiment cet aspect piège/exclusion. Pour le reste, la Cène me pose toujours beaucoup de questions alors le fait de voir une autre façon de faire c'était une bonne occasion d'y penser sérieusement.

Le fait de prendre le pain est bien sûr essentiel, c'est un engagement personnel à suivre le Christ. Mais une fois de temps en temps le recevoir ça me dit aussi que parfois quand moi je n'ai plus tout à fait une foi, une espérance et un amour assez forts, le témoignage ou l'appel d'autres personnes peut remettre en marche. Je l'ai vu aussi un peu comme un rappel de la grâce première de Dieu, c'est parce que je reçois son amour que je peux par amour pour lui tenter de suivre les pas de Jésus, c'est en apprenant à recevoir que j'apprends à donner.

La fraternité sur commande ça ne marche pas terrible en général... Mais peut-être qu'il y a des moments où on n'a pas du tout envie d'aller vers les autres mais on le fait quand même parce qu'on est obligé. Bien sûr il vaut mieux faire les choses par amour "naturel", mais parfois il vaut mieux les faire de façon un peu forcée au début que pas du tout, et essayer d'y mettre le peu d'amour que se sent la force d'y mettre sur le moment. C'est un peu aussi une forme de prière : Père aujourd'hui j'ai peu d'amour à donner, j'ai les mains et le coeur vides, et ce vide je te le présente, à toi qui a promis de me rassasier, à toi qui es l'amour.

Tout ça reste évidemment basé sur ce que je reçois de Dieu et qui appelle à aimer et à vivre, et bien sûr donner un morceau de pain à son voisin ne doit pas donner si bonne conscience qu'on se sente le droit de l'ignorer (ou pire!) trente secondes après! Comme dit ma grand-mère, c'est en forgeant qu'on devient forgeron ; peut-être qu'on peut dire aussi que c'est en aimant qu'on devient homme et tout ça demande un peu d'exercices pratiques...

Bref, je me suis pas relue mais je suis pas sûre d'avoir été très claire... Je n'ai pas fini de réfléchir à tout ça :-).

Amitié + bonne journée

Sandrine

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Salut Sandrine,

Je suis vraiment d'accord pour se forcer un peu à servir, c'est mieux que de ne pas servir quelqu'un parce que l'on veut à tout pris être 100% sincère dans une profonde sympathie pour lui. Et, c'est effectivement souvent en forgeant ainsi que l'on se forge comme forgeron. Ce qui me gêne plus c'est le coup de sifflet et l'ordre venu d'un autre pour susciter un "geste fraternel". Peut-être que je suis un peu libertaire, mais ce genre de truc m'énerve bien. Par contre j'aime bien l'idée de se forcer soi-même à faire un sourire et un merci en tendant la corbeille à son voisin qui, par malheur, est précisément une personne que je ne connais pas ou que je connais très bien et que je méprise cordialement. C'est alors que mon geste est cette belle prière que tu dis "Père j'ai peu d'amour à donner, ouvre mon cœur et mon esprit que je puisse être plus aimant, même pour ce put*** de conna** qui est à côté de moi..."

Bonne journée

& Amitiés

pasteur Marc Pernot

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