Pensez vous, comme au Etats-Unis, dans les Reformed
Church, que le professional counselling est important ? Et faites-vous ce genre
de chose ?
Au Etats-Unis, le pasteur parle avec le Chrétien
et le pasteur tient un peu le rôle d'un psychologue ou quelque chose comme
cela. Y a-t-il ce genre de procédés en France ? Faites-vous cela
a l'Eglise de l'Etoile ?
Merci beaucoup de votre réponse.
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Merci pour votre message.
Oui, je sais qu'aux US, il y a eu une forte tendance pour orienter les pasteurs
vers une activité de Counsiling, c'est-à-dire une sorte de conseil,
ou de suivi psychologique.
En France, la tendance ne va pas dans ce sens, mais il faut dire que la
situation est peut-être assez différente. En particulier, nombre
d'Américains consultent avec beaucoup de facilité des psys,
sans doute beaucoup plus qu'en France, et ce pas toujours pour des raisons
fondamentalement profondes. En fait, mon opinion est qu'il y a à chacun
son métier, et qu'un pasteur peut aider, il peut aussi conseiller,
mais il ne peut pas remplacer un thérapeute. Les soins psychologiques
sont un métier, et il n'est pas certain qu'un pasteur, même avec
une petite formation puisse vraiment assurer ce genre de fonction d'une manière
bénéfique. La question est donc de savoir à partir de
quand on se trouve dans la pathologie.
Il est évident donc que le pasteur a une fonction d'accompagnement
et de conseil, il peut aider ses fidèles dans des situations difficiles,
mais je crois qu'il doit savoir ses limites, et ne pas s'engager dans une
relation longue de soin psychologique qu'il ne maîtrisera pas forcément.
En gros, on m'a appris dans mes études, et j'adhère assez
à cela, qu'un pasteur peut accompagner quelqu'un, mais qu'il doit éviter
le transfert qu'il n'est pas formé pour gérer. Il peut donc
recevoir quelqu'un, une fois, deux fois, mais pas voir quelqu'un toute les
semaines une heure ou plus, là, on tombe dans autre chose que le conseil
pastoral. ET de toute façon, un pasteur qui a en charge mille ou deux
mille âmes ne peut se permettre de consacrer le temps aussi considérable
que demande une démarche thérapeutique approfondie à
une personne particulière, il doit passer la main.
Je crois cette attitude assez juste, l'Eglise a un rôle à jouer,
la religion, la foi, l'Evangile aussi, mais ce n'est pas en essayant de convertir
les pasteurs en psychanalystes au rabais qu'on redonnera une place importante
à l'Eglise. De même, je pense que la foi est de l'ordre de l'hygiène
de vie, de la construction à long terme de notre existence et de son
orientation, et pas de l'ordre de la thérapie. Aussi pensai-je que
le pasteur doit savoir quand celui qui est devant lui aurait besoin d'un accompagnement
d'un autre ordre que purement théologique ou fraternel, et il doit
savoir lui conseiller d'aller consulter un professionnel. C'est en tout cas
ce que j'ai fait, chaque fois qu'il me semblait que le problème rencontré
chez la personne me semblait trop profond.
Mais il est vrai que tout le problème est celui de l'évaluation
des limites... et là, c'est difficile à dire.
Voilà quelques éléments de réponse un peu jetés
en désordre, ce sujet mériterait d'être approfondi et
nuancé, je le sais bien.
Avec mes plus amicales salutations et bonnes vacances si vous en avez.
Louis Pernot